Les
astrocytes contrôlent la neurogenèse dans le système nerveux
central adulte.
Médecine / Sciences n°11 nov 2002
Les astrocytes forment la principale population de cellules
gliales du système nerveux. Depuis le milieu du XIXe siècle, où
le tissu nerveux non-neuronal fut qualifié de « glue » par
Virshow, et jusqu’à ces dernières années, les astrocytes ont été
considérés comme des éléments passifs, des cellules de soutien.
De fait, les étroites interactions que ces cellules
entretiennent les unes avec les autres par l’intermédiaire de
jonctions serrées de type gap ont longtemps laissé croire aux
électrophysiologistes que le syncytium astrocytaire était
inerte. Une conception balayée dès l’apparition des techniques
de patch-clamp, démontrant la vaste gamme de canaux ioniques,
dépendant ou non du voltage, exprimés à la surface cellulaire.
En parallèle, leur faible imprégnation par la technique de
coloration argentique développée par Golgi ne permettait pas de
trancher nettement en faveur de la théorie cellulaire, tandis
que les neurones offraient à Cajal un magnifique champ de
démonstration. Ici encore le progrès technique, et l’apparition
de la microscopie électronique, vinrent bouleverser les dogmes
et établir la réalité.
Ainsi, au cours des dernières années, de nombreuses
fonctions ont été reconnues aux astrocytes.
Parmi celles-ci figure la constitution de l’architecture
cérébrale au cours du développement. Les astrocytes
embryonnaires de la glie radiaire servent de « rails » lors de
la migration des neurones immatures de l’espace péri
ventriculaire vers les couches externes du cortex cérébral.
L’astrocyte est également nécessaire à la formation de la
barrière hémato-cérébrale. De plus, son rôle majeur dans la
formation et la plasticité des synapses entre neurones a été mis
en évidence. Par ailleurs l’astrocyte est le seul lieu de
stockage du glucose dans le système nerveux, donc la seule
source énergétique des neurones, et les facteurs de croissance
sécrétés par les astrocytes sont essentiels à la conservation
des fonctions neurales et à la survie cellulaire. L’ensemble de
ces donnés permet de modifier profondément notre conception de
l’astrocyte, qui apparaît maintenant comme une cellule très
active qui participe en particulier au contrôle de
l’environnement local dans le système nerveux central.
Un autre dogme mis à mal au cours de la dernière décennie a
été celui de neurones immuables de la naissance à la mort .Deux
zones du cerveau, la zone sous ventriculaire et la zone sous
granulaire de l’hippocampe, abritent des cellules souches qui
donnent naissance à de nouveaux neurones tout au long de la vie,
y compris à l’âge adulte. Mais il existe également des cellules
souches adultes capables de donner naissance aux différentes
lignées cellulaires du système nerveux central, y compris des
neurones, dans d’autres régions du cerveau, comme le striatum,
ou la moelle épinière. Toutefois ces cellules restent
quiescentes dans le contexte de la physiologie normale du
système nerveux. D’où l’idée simple: l’environnement local
conditionne la capacité des cellules souches adultes à
proliférer et à se différencier. Reste à le démontrer et à en
déterminer les mécanismes. Un article du groupe de Fred Gage,
l’un des pionniers du domaine avec Sam Weiss et Arturo
Alvarez-Buylla, a récemment mis en évidence le rôle des
astrocytes dans le contrôle de la neurogenèse dans l’hippocampe
chez l’adulte. Pour suivre le devenir des cellules souches, les
auteurs utilisent une technique préalablement décrite qui leur
permet d’isoler de façon clonale des cellules souches
d’hippocampe de rat adulte, puis de les transfecter avec un
rétrovirus qui s’intègre dans le génome des cellules hôte, et
permet l’expression du marqueur fluorescent (GFP) dans la
descendance de ces cellules. En présence de FGF-2 (fibroblast
growth factor- 2), les cellules prolifèrent et restent
indifférenciées. Les auteurs observent, après retrait du FGF-2,
une différenciation spontanée en neurones (MAP2+),
oligodendrocytes (RIP+, GalC+) et astrocytes (GFAP+), dans une
très faible proportion: 1 à 2 % des cellules. Cette proportion
peut atteindre 5 % si les conditions de culture incluent la
laminine, l’acide rétinoïque et le sérum de veau fœtal. Mais
plus de 10 % de neurones ou d’astrocytes sont détectables si les
cellules souches sont cultivées en milieu défini sur une
monocouche d’astrocytes et de neurones prélevés sur des animaux
nouveau-nés. La substitution des astrocytes par des fibroblastes
est inefficace. Curieusement, une monocouche constituée
seulement de neurones stimule la différenciation en
oligodendrocytes, tandis qu’une monocouche uniquement composée
d’astrocytes de l’hippocampe reproduit l’effet inducteur
neurogénique. Les astrocytes produisent donc un ensemble de
facteurs solubles et transmembranaires qui favorisent la
différenciation des cellules souches adultes en neurones. De
plus, cet effet est dépendant du stade de développement, les
astrocytes issus d’animaux nouveau-nés ayant un effet plus
marqué que les astrocytes adultes. Il existe également une
spécificité régionale: en effet, s’il existe des cellules
souches isolées dans de multiples endroits du système nerveux
central, y compris la moelle épinière, seuls les astrocytes de
l’hippocampe sont capables de stimuler la neurogenèse. Les
auteurs indiquent même que les astrocytes de la moelle épinière
stimulent préférentiellement la différenciation en astrocytes et
en oligodendrocytes, sans toutefois détailler les données. Une
nouvelle voie est donc ouverte vers la caractérisation des
facteurs qui, probablement en combinaison, induisent la sortie
du cycle cellulaire des cellules souches et leur engagement dans
un lignage spécifique. Une voie importante pour la médecine
régénérative du système nerveux central. .
Inserm U.114, Collège de France,
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Herve Chneiweiss